Préface à la nouvelle édition

Quand, le 30 juin 1988, Mgr Marcel Lefebvre (+ 1991) ordonna évêques quatre prêtres de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X contre la volonté expresse du saint pape Jean-Paul II, un groupe de prêtres de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre tout récemment fondée publia la présente étude en vue de montrer que l’interdiction des ordinations épiscopales sans mandat pontifical était une vérité théologiquement certaine (« theologice certa »). Le 2 février 2026, l’abbé Davide Pagliarani, supérieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, a rendu publique sa décision de « confier aux évêques de la Fraternité la tâche de procéder à de nouvelles ordinations épiscopales le 1er juillet prochain »1. Nous avons donc décidé de publier de nouveau le texte suivant, étant donné que les arguments qui y sont exposés gardent toute leur pertinence et que de nouvelles ordinations épiscopales sans autorisation représenteraient encore une grave atteinte à l’unité de l’Église2.
Ceux d’entre nous en particulier qui ont appartenu autrefois à la Fraternité Saint-Pie X et ont souffert du grand effondrement de la vie ecclésiale après le Concile peuvent de leur propre expérience attester qu’il existe un grave danger de se forger, à force de combattre les abus, cette « notion incomplète et contradictoire de la Tradition », qu’a condamnée le saint pape Jean-Paul II3. « Personne ne peut rester fidèle à la Tradition en rompant le lien ecclésial avec celui à qui le Christ, en la personne de l’apôtre Pierre, a confié le ministère de l’unité dans son Église »4. L’évolution ultérieure des successeurs de Mgr Lefebvre confirme tristement la proximité que sa position entretenait avec le sédévacantisme.

La présente étude reflète la situation concrète qui régnait en 1988, dans un style qui peut paraître parfois trop polémique du fait de l’empreinte laissée par les
disputes qui avaient existé à l’intérieur de la Fraternité. Cependant, le fait que nous republiions cette brochure sans lui apporter de modification, ne traduit en aucune manière une volonté de dénigrer quiconque personnellement. L’argumentation s’inscrit dans le cadre de la théologie classique. Si l’on réalisait une nouvelle étude de plus grande ampleur aujourd’hui, il conviendrait d’y intégrer plus largement la Sainte Écriture, les Pères de l’Église, de même que la doctrine de l’Église conçue comme Corps Mystique, ainsi que la signification de sa structure sacramentelle. Il ne fait cependant aucun doute qu’elle parviendrait en substance
au même résultat. Par un dialogue de longue haleine avec les prêtres et les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle, l’autorité de l’Église a depuis longtemps pris la mesure de leur préoccupation. Même dans les périodes les plus difficiles, les motifs d’espérance n’ont jamais fait défaut5. C’est pourquoi la réédition de ce texte se
veut un appel à faire confiance à Dieu et sa bienveillante Providence, et à ne pas tomber dans l’erreur grave qui consiste à croire que le salut de l’Église puisse être
notre œuvre.

1. Voir le communiqué de la Maison Générale de la FSSPX du 2 février 2026.
2. 3. 4. Voir le pape Jean-Paul II dans le motu proprio Ecclesia Dei .

5. Voir le décret du Pape François du 11 février 2022 pour la Fraternité Saint-Pierre.